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13/04/2019

Calamité pesticidaire

Ils sont partout: "...dans l'eau de pluie, dans la rosée du matin, dans le nectar des fleurs et l'estomac des abeilles, dans le cordon ombilical des nouveaux-nés, dans le nid des oiseaux, dans le lait des mères, dans les pommes et les cerises." (Extrait : "Nous voulons des coquelicots")

Les pesticides agressent la terre entière, air, sol et eau, ils l'agressent un peu plus chaque année. (Ainsi, en France, +10% de 2009 à 2016) La science explique leurs redoutables nocivités. C'est qu'ils contaminent présent et avenir, altérant le fin fond des organismes vivants. L'homme est atteint sur le champ ou à retardement: cancers...descendance; pour la nature, faune et flore, leurs impacts seraient aussi destructeurs que ceux redoutés avec les changements climatiques.

Voici qui est carrément scandaleux : mise sur le marché ou usage des pesticides, la santé publique ne fait pas le poids. Finances, profits sont prioritaires. Tout se passe comme s'il n'y avait qu'indifférence chez celui qui fabrique, commercialise ou déverse à tous vents. Etats, Europe, administrations, politiques...tous courbent l'échine. Tout se passe comme si, sans remords, l'on jouait avec la santé des gens, avec l'avenir.

On s'enflamme à propos de l'ISF: c'est dérisoire par rapport aux pesticides. Ce n'est pas que les ONG ou les scientifiques se taisent. Alors, quels ronds-points médiatiques, politiques, occuper pour un débat clair sur le pesticidaire ?

13/11/2018

Pour la nature: citations.1

-Christian X (Site"Actu-Environnement", Forum 12 Juillet 2011)

"... la disparition d'une violette ne changera pas le monde mais l'esprit qui mène à la perte de cette violette peut mener à la perte du monde lui-même."

 

-Aldo Léopold ("Almanach d'un comté des sables" Aubier 1995, p145)

"Nous savons à présent ce qu'ignorait avant nous toute la caravane des générations : que l'homme n'est qu'un compagnon voyageur des autres espèces dans l'odyssée de l'évolution. Cette découverte aurait dû nous donner, depuis le temps, un sentiment de fraternité avec les autres créatures; un désir de vivre et de laisser vivre; un émerveillement devant la grandeur et la durée de l'entreprise biotique."

 

06/09/2018

Stoïcisme et écologisme

Stoïcisme et écologisme.

 

D’accord ! Les propos qui suivent sont ceux d’un amateur et non d’un prof de philo. Mais pourquoi le dilettante tout comme le bavard de bar-tabac ne pourraient-ils parler aux foules ? Par ailleurs, dites-vous,n’est ce pas d’un anachronisme excessif que de vouloir accoler des sagesses si éloignées dans le temps. Les pensées hellénistiques sont nées de la mondialisation des grecs par Alexandre ; l’écologisme, quant à lui, se confronte à l’immense dégradation actuelle et surtout à venir, de la biosphère. Ça ne doit pas empêcher de plaider que stoïcisme et écologisme, à l’occasion, se tangentent et même se recoupent.

 

Pourquoi le stoïcisme ?

Epicurisme, scepticisme, stoïcisme, cynisme, cyrénaïsme, toutes ces pensées hellénistiques ont quelque chose à nous dire, à nous gens du smartphone, pour notre bien. Elles nous le disent pas seulement en abstrait mais dans le concret d’un art de vivre. Sans exclure l’éclectisme, si le stoïcisme est ici privilégié, c’est que cette éthique-là nous paraît superbe. Certes, passions et plaisirs y sont muselés. Croyais-tu avoir enfanté un immortel ? rétorque Epictète au père qui pleure son enfant mort. Oui, tout ça est rude mais il y a le reste.

Voici en vrac quelques perles de l’enseignement stoïcien pour assurer tranquillité de l’esprit et grandeur d’âme. Discerner ce qui dépend de nous de ce qui ne dépend pas de nous, agir et penser en conséquence / Comprendre que ce ne sont pas les choses qui nous affectent mais notre propre jugement sur les choses. /Voir les choses dans leur réalité. / Trouver sa liberté dans un monde de nécessité, se suffire, accepter l’inexorable / Etre citadelle (non tour d’ivoire) ; « Etre semblable au promontoire contre lequel se brisent continuellement les flots ». / Relativiser : les existences sont éphémères ; dans le cosmos, la Terre est moins que minus / Cohérence avec la raison. / Cohérence avec le cosmos, l’humanité, soi. / Il n’y a de bien que le bien moral. Le stoïcisme nous égale à Dieu ou aux dieux s’ils existent.

 

Le stoïcien : un écolo qui s’ignore ?

« Suivre la Nature », ce serait, écrit-on, le slogan des stoïciens. Super ! dit l’écolo. En fait, il faut accorder la formule. Notre nature ( écosystèmes, biotopes, faune, flore,..) n’est pas celle des anciens. Pour eux, nature, raison, logique, logos Dieu ou dieux, cosmos, univers, c’est plus ou moins du pareil au même. On doit suivre la nature parce que source de normalité et de moralité. Nous, nous sommes plus contingents, le choses sont comme ça, elles auraient fort bien pu être comme ci. Enfin, tirer une morale de la physique est risqué.

Cela dit, il faut aujourd’hui comme hier s’accorder à la nature ; «partir de la nature universelle et de l’organisation du monde »(Chrysippe, un père du stoïcisme). Etre cohérent avec les lois physico-chimiques, biologiques, évolutives qui font le monde.

 

Même écocentrisme ?

Pour Aldo Léopold, philosophe écologiste forestier américain du début du 20e (« Almanach du Comté des sables »), l’important est l’écosystème : biotopes, êtres qui y vivent, interdépendances). Un de ses principes (complété par la suite par son disciple Callicott) : une chose est juste quand elle tend à préserver l’intégralité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique.

Qu’en dit le stoïcien ? Citons Pierre Hadot (« Introduction aux Pensées de Marc-Aurèle »). « Cette connexion,, cet entrelacement, cette implication de toutes choses en toutes choses, est un des thèmes les plus chers à Marc-Aurèle » . « il s’agit surtout de vouloir intensément le bien de l’univers et de la société en découvrant qu’il n’y a pas d’autre bien propre pour la partie que le bien commun du Tout ».

Une prof de philo écrit (Christelle Veillard, « Les stoïciens. Une philosophie de l’exigence », Ellipses 2017 : « C’est pourquoi l’énoncé « vivre selon la nature » doit être précisé de la manière suivante : ce n’est pas seulement vivre en accord avec notre nature d’homme mais vivre aussi en accord avec la nature c’est-à-dire la nature cosmique. Les stoïciens sont ainsi en quelque sorte les premiers écologistes ou plutôt les premiers à penser l’idée d’écosystème ».

« Suivre » ou vivre en cohérence avec la nature, suppose connaître la nature.Pour une autre prof de philo (J. Lagrée, « le naturalisme stoïcien », en ligne), le stoïcisme, à cet égard, fit l’éloge de la science. Rêvons d’un stoïcisme cohérent avec la cosmogonie d’après Einstein, avec l’évolution de la vie d’après Darwin.

 

Parfum « d’écologie profonde » ?

Le philosophe norvégien Arne Naess, fondateur de « l’écologie profonde », a proposé huit principes pour une éthique environnementale. Parmi ceux-ci : reconnaître la valeur en soi des êtres vivant, humains ou non humains, reconnaître la valeur en soi de la richesse et de la diversité des êtres vivants. Il a aussi proposé une sagesse écologique ou écosophie dont voici un raccourci extrême. Passer de soi (individu) à Soi (nature, cosmos) ; adapter ses besoins aux besoins de la biosphère. Qu’en dit le stoïcien ? « Ainsi, si elle s’accompagne d’un consentement aux événements, la prise de conscience du moi, loin de l’isoler comme un îlot minuscule dans l’univers, l’ouvre, au contraire, à tout le devenir cosmique, dans la mesure où le moi se hausse précisément de sa situation limitée, de son point de vue partial et restreint d’individu, à une perspective universelle. Ma conscience se dilate ainsi aux dimensions de la conscience cosmique ».

 

L’écologiste stoïcien.

« Si un sage, n’importe où, tend le doigt avec sagesse, tous les sages de la terre en tireront profit. » aurait dit Chrysippe. Donc il peut en aller de même entre nos deux sagesses. Dans les deux cas, il y a recherche de cohérence. « Ceux qui vivent dans l’incohérence, ce sont des gens malheureux » (Zénon, autre père). Convenons aussi qu’écologistes et stoïciens visent le bien moral.

P. Hadot ordonne les pensées de Marc Aurèle selon trois disciplines ou thèmes d’exercices spirituels, ou règles de vie : assentiment /désir et impulsion / action. L’écologisme s’y retrouve.

 

Discipline de l’assentiment.

Veiller à démêler le vrai du faux. Recherche de l’objectif dépouillé de subjectif. Se libérer de ce qui asservit le jugement, le désir, l’action (opinions par exemple). Mouvement qui pousse à bien penser, à bien parler, à se faire une représentation adéquate des choses, à ne donner son assentiment qu’en accord avec la raison. Tout se passe dans la tête, dans l’esprit, dans sa citadelle ; n’importe qui peut/doit rejeter le mal moral.

Discipline nécessaire pour l’écologiste. Les avancées des discours sont volontiers des reculs dans l’action et l’on s’y perd. Des politiques sont ambiguës et l’on craint qu’elles ne servent le profit avant le Bien : transition écologique, économie verte,…

 

Discipline du désir et de l’impulsion.

Discipline du désir : refus de désirer autre chose que ce que veulent la Nature du Tout, la raison universelle. Discipline de l’impulsion : faire ce que ma nature propre veut que je fasse et qui (refrain) ne doit être rien d’autre que le bien moral

Rester en cohérence avec soi et s’accorder au monde : c’est le débat « stoïcien-écolo » d’il y a quelques lignes.N’y revenons pas mais insistons : si les fondements des deux sagesses diffèrent, leurs conséquences convergent.

Hadot liste des applications de ces disciplines. Ainsi. Coupler contemplation de la nature à collaboration personnelle au bien général du Tout en jouant ici-bas le rôle choisi par le destin. Circonscrire le présent car « notre vie réelle se limite à cette pointe minuscule qui nous met en contact (…) avec le mouvement général de l’univers ».

 

Discipline de l’action (ou l’action au service de l’homme)

L’action est devoir moral. Elle vise d’abord à se conserver soi-même à l’instar de tout être vivant mais en restant cohérent avec soi, au service de l’humanité. Cosmos, cités, familles : mêmes devoirs. Altruisme et cosmopolitisme. Dans l’action, pas d’agitations de marionnettes . L’action peut échouer mais tout est dans l’intention ; accepter l’échec mais repartir.

L’épandage excessif de pesticides, en stoïcien, est du Mal moral ; l’écocitoyen, le citoyen tout court s’indignent ; sois bienveillant lui recommanderait Marc Aurèle, explique encore et encore.

 

Le stoïcisme en dépit du respect qu’il s’est attiré tout au long des siècles, n’a rien amélioré dans les comportements de l’homme envers la nature, l’humanité, lui-même. Côté écologisme, face à l’avenir que l’homme se crée (effet de serre, biodiversité en saccage, pollutions,..), il semble bien qu’il n’y ait d’autre choix logique et sage que d’être « décroissant » (moins de consommations d’énergie, de matières, moins de démographie..). Qui est prêt à cela ?

Mais bon ! Stoïcisme et écologisme auront du moins sauver l’honneur.

 

19/01/2018

Pesticides : un axe du mal ?

R. Ribotto

   Les pesticides relèvent d'une cohorte de poisons invisibles mais terribles. Pourquoi les viser particulièrement ? Parce que bombes à retardement peut-être aussi néfastes que l'effet de serre.

 

- Brefs rappels de leur nocivité.

- Pour l'homme. D'abord, la toxicité aigüe pour laquelle la relation épandage/maladie est quasi-immédiate : atteintes à la peau, à la respiration, etc. et puis l'angoissante toxicité chronique. Les pesticides sont des "perturbateurs endocriniens", ils chamboulent le fin fond de nos organismes, avec eux par ici les cancers, les intellects altérés, les immunités en berne, etc.

- Pour la nature. La liste des disparitions d'espèces vivantes du fait des pesticides, n'en finit pas de s'allonger, des insectes aux batraciens. Mais c'est toute la nature qui est chamboulée : structures de écosystèmes (populations, équilibres, évolution des contaminations, etc.), fonctionnement de ceux-ci (flux des énergies, productivité, etc.) Tout cela est dans le domaine public, accessible. De tout cela, science ou risques, les pesticideurs ne veulent rien savoir, rien entendre.

 

Préalables.

En cause ici, le pesticide agricole; pléonasme de fait car pour 90 à 95% ces produits sont et font l'agriculture intensive.

- Pour nourrir le monde, faut-il du pesticide ? Peut-être mais pas dans les proportions dantesques actuelles. Pour la France, une étude INRA pose qu'une économie de 30% en est possible avec des changements dans les pratiques mais pas dans les productions. En attendant une réponse à la hauteur des nocivités. Quelle désolation que cette "exception pesticidaire" française : 3e ou 4e consommateur mondial après les USA et le Japon ! Le "Grenelle de l'Environnement" 2007 prévoyait une réduction de 50% de leur consommation en 2018. De l'attrape-nigaud ! On a accru et non réduit.

 

Un impérialisme pesticidaire invincible. En voici les opérateurs ou complices.

- d'abord les firmes chimiques qui fabriquent les produits, monstres internationaux (Basf, Bayer, Monsanto, etc.) Dans la préface d'une traduction de 1972 du "Printemps silencieux" de Rachel Carson, le Président d'alors de l'Académie des sciences, R. Heim, s'insurgeait : "mais qui mettra en prison les empoisonneurs publics instillant chaque jour les produits que la chimie de synthèse livre à leurs profits et à leurs imprudences."

- puis les conseillers, instituts techniques ou assimilés, structures de proximité (chambres d'agriculture, coopératives, des syndicats agricoles, etc.) Guère de modérateurs en pesticides parmi eux. Ajoutons les VRP de firmes : là, celui qui conseille est celui qui vend.

- ensuite les "officiels", gouvernements, administrations,.. dont la mission ardente est de maîtriser tout ce qui nuit aux populations. Ils semblent n'être que des greffiers complaisants hors cas où l'ambiance médiatique, citoyenne oblige à porter attention à l'intérêt général. Des Agences officielles ont pour raison d'exister la lutte contre les pollutions dont celles par pesticides. Au vu des résultats, pour certaines, c'est comme si elles n'existaient pas. (Ex: Agences de l'Eau).

- en bout de chaîne, déversant la nocivité dans les organismes humains et dans la nature : l'épandeur.

- chacun de nous soumis aux mêmes pressions professionnelles, sociales, financières que le pesticideur, ne pesticiderait-il pas de même ? Peut-être ! Hélas ! Mais ça n'excuse rien.

 

Au total, la santé publique ne fait pas le poids qu'il s'agisse de mise sur le marché des produits, de normes ou d'interdictions. Tout se passe comme si tout pliait face à une cogestion intérêts agricoles / intérêts chimiques. N'y a t-il pas là comme une sorte d'axe du mal qui agrège profits ici, indifférences ou ignorances coupables ailleurs ? En résumé, un mépris d'hommes pour l'homme. "Criminaliser les néocortinoïdes" écrit l'auteur d'une tribune (Le Monde, 25 Nov. 2017). Cela  vaut pour des tas d'autres pesticides.

 

"C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent!

Aux objets répugnants nous trouvons des appas:

Chaque jour vers l'Enfer, nous descendons d'un pas,

Sans horreur à travers des ténèbres qui puent"

(Baudelaire)

 

Mais voici qui réconforte. Comme partout où l'intégrité de l'homme, celle de la nature sont mises à mal, contre l'usage inconsidéré des pesticides, des hommes se dressent qui dénoncent, informent, agissent : agriculteurs choisissant le bio ou associations comme "Générations futures". Soutenons les.